Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 04:47

en rouge comme toujours, les vraies citations.


Rendons tout d’abord hommage au grand poète de droite Michel Sardou qui chantait naguère ces quelques vers prémonitoires :

 

«Dans un voyage en absurdie
Que je fais lorsque je m'ennuie,
J'ai imaginé sans complexe
Qu'un matin je changeais de sexe,
Que je vivais l'étrange drame
D'être une femme.

Femme des années 80,
Mais femme jusqu'au bout des seins,
Ayant réussi l'amalgame
De l'autorité et du charme.»

 

Bon, c’est vrai, les rimes sont pauvres et Michel Sardou est mort (1). N’empêche qu’il a rêvé, au moins une fois, qu’il changeait de sexe. Et surtout qu’il vivait cette métamorphose, « jusqu’au bout des seins » comme « un étrange drame ». On le comprend : ce doit être assez dramatique de devoir, tout à coup, du jour au lendemain, pisser assis, même si c’est le lot d’un peu plus de la moitié de l’humanité. Le triste présage sardolien (si je devais créer un adjectif en rapport avec le chanteur ce serait celui-là), s’est réalisé. La prophétie de l’horrible cauchemar de la perte ou du gain d’organes génitaux s’est accomplie dans une obscénité revendicative.

J’en viens au deux photos du jour. J’ai compté, il y a, en partant de la gauche vers la droite, huit nichons. Deux nichons atrophiés, deux faux nichons, et quatre vrais nichons nourriciers. Tout œil normalement exercé retiendra vite que les deux seins artificiels sont de loin les plus appétissants. C’est la grande tristesse de notre époque que chantait feu Sardou : beaux, certes, mais ils appartiennent à un homme ! Enfin, à un ancien mec devenu(e) une femme à coup de bistouri. Et qui milite dans la rue, avec une ancienne femme devenu(-e) homme – dont les seins évoquent à s’y méprendre ceux d’une poupée gonflable sortie d’un carton –, pour que (je cite le porte-parole du Mouvement d'affirmation des jeunes gays, lesbiennes, bi et trans, le « MAG ») « la transsexualité soit étudiée dans les écoles, de la même manière que l'homosexualité, durant les cours d'éducation sexuelle ». C’est très parisien, tout ça. J’imagine déjà la gueule de la mère de famille moyenne, crevée par son boulot, revenant chez elle, et surprenant son gosse en contemplation devant la photo de ces deux monstres de la chirurgie posant dans Paris, légendée ainsi par un inspecteur général de l’Education nationale : « Les femmes et les hommes sont des trans comme les autres, et inversement.» Et mieux encore, puisque ce sont les propos du « MAG », la légende ajouterait : « Une minorité dans la minorité. » J’imagine la mère expliquer fermement à son fils que la vie est ainsi faite : papa, maman ; maman qui veut être papa ; papa qui veut être maman ; «toi,  petit con, tu feras ton choix, plus tard ! ». Comme on apprend bêtement, au CM2, sans contexte, que la Loire prend sa source au Mont Gerbier, que Napoléon a défait les Autrichiens et les Russes à Austerlitz, on enseignera un jour que la dame à gauche est un homme et que le monsieur à droite est une femme, juste pour une histoire de seins en trop ou qui manquent. Cette mère qui, justement, contemplait les siens – de seins – tandis qu’elle allaitait la chair de sa chair, sera obligée de nier l’importance de ceux-ci, de défier jusqu’à ses chromosomes pour plaire à des détraqués, qui ont pour seul angoisse existentielle « un désir de vivre et d'être accepté en tant que personne appartenant au sexe opposé », ainsi que l’OMS définit très formellement le transsexualisme.

Pas étonnant, dès lors, que les mamans, à qui l’on a volé l’instrument le plus visible de leur féminité, et donc de leur maternité, veuillent, elles aussi, exhiber leur poitrine. Une véritable poitrine qui ravitaille les nourrissons en protéines. Tandis que 400 trans défilaient les seins à l’air, plus de deux mille personnes se sont rassemblées un peu partout en France pour participer à la troisième édition de la « Grande Tétée ». Une opération destinée à promouvoir l'allaitement maternel, pour laquelle des centaines de femmes ont pu enfin dire aux trans, qui en étaient à leur douzième manifestation : «Nos seins sont peut-être naturels, nous nous sommes peut-être habituées à ce qu’ils pendent, mais au moins, ils donnent du lait ! » Le geste est assez ridicule. L’exhibition n’est jamais gratuite. Là, en prime, elle est symptomatique de notre temps, car elle fédère les revendications, avec, comme souvent, des enfants retenus en otages pour les besoins d’un cliché.

La « Grande tétée » est également un événement symbolique de l’époque, en ce qu’il rassemble des femmes de gauche et des cathos traditionalistes (la deuxième à droite a vraiment la tête de l’emploi). Il réunit celles qui courent dans les rayons des épiceries bio, comme celles qui croient que l’essentiel est dit par le curé, le dimanche matin. Toutes ont un point commun : elles luttent, à leur échelle, contre les organismes génétiquement modifiés et se battent pour la Nature, pour le lait maternel comme produit inviolable, mais principalement pour leurs nichons bio, pour leurs tétons dilatés et brunis comme des mégots de cigares. Et leur combat tombe plutôt bien. Car les trans désirent plus que tout être génétiquement modifiés. Sur leur carte d’identité, d’abord. Avant que la science ne leur offre une véritable renaissance phénotypique dans le sang. Avant que Bové et Hulot ne viennent faucher leurs seins en plastique.

En espérant qu’un génie trouve le moyen de court-circuiter, en plein cours de la vie, les lois de l’hérédité, les transgenres doivent pour l’instant se contenter du scalpel. Le scalpel qui mutile pour faire du bien. Celui de Mengele, passé en soixante-dix ans du statut de bourreau à celui de faiseur d’existence. C’est vrai qu’on voudrait bien rire à la vue de cette femme devenue homme (à gauche), dont la poitrine a été retirée pour imiter grossièrement un buste masculin. C’est vrai que ce torse semble avoir été photoshopé, en 30 secondes, par un malade, que ces mamelons vidés font penser irrémédiablement à des baudruches crevées. Or, ce n’est pas si drôle : cet homme-femme-homme est un(e) guerrier(e) moderne, une Amazone, qui a fait de l’amputation de sa poitrine l’outil d’une bataille morale.

Une bataille contre ces femmes qui donnent le sein en public et qu’on ne peut, malheureusement, croire sincères dans leur cause. Le lait, tu parles ! Elles agissent dans un seul but : montrer que leurs nichons sont réels. Qu’elles ne trichent pas avec la Nature. Elles n’avaient qu’à le dire, ces connes : les vrais hommes seraient venus les toucher pour soutenir leur gorge.

 

Toréador.

(1) : Michel Sardou est vraiment mort. En voici la preuve, il a rejoint sa mère Jackie au paradis, comme le prouve cette photo : link.

Par Toreador
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /Oct /2008 02:28

Les pros de la communication, et la nébuleuse de charlatans qui les entoure ou les compose, ont inventé dans les années 1980 un concept qui allait faire fureur en politique : l’intelligence émotionnelle. Une sorte d’ersatz de charisme, en libre-service dans les officines de consulting. Le site talentsmart.com, qui monnaye ses conseils en persuasion comme Ebay vend des paires de chaussettes, dit clairement les choses : l’intelligence émotionnelle, c’est 80% de votre capacité à devenir un leader. Les 20% restant (le site ne précise pas mais on peut deviner) sont sans doute le physique, l’haleine et dans une petite quote-part très résiduelle, le langage.

En Amérique du Nord, deux élections se jouent simultanément. La présidentielle américaine et les législatives canadiennes. Bon, honnêtement, le monde ne retient pas son souffle dans l’attente de savoir qui siègera au 24, promenade Sussex à Ottawa (la résidence officielle des Premiers ministres canadiens). Je ne sais pas combien de gens savent vraiment qu’Ottawa est au Canada et qu’en plus c’est la capitale.

Bref… Pendant qu’Obama arpente tous les Etats-clés, à promener sa belle gueule de métis dans l’Amérique profonde, Stephen Harper – le nom du chef du gouvernement Canadien – peine à convaincre les photographes de le suivre dans sa campagne. Son physique de VRP en dépression, son air de banquier même pas en faillite, et ses manières de commercial chez Volkswagen n’attirent pas les foules : globalement cet homme n’inspire guère plus de commentaires. Misère de ce pays immense qui ne passionne pas grand monde, sinon les amateurs de nature : il se paye un dirigeant dont le charisme et la notoriété sont au moins à l’hauteur de l’intérêt que porte le monde à ses affaires – du rendement des Erables à sucre aux schistes bitumineux de l’Alberta.

Obama contre McCain ?  Les deux ont des gueules de président des Etats-Unis. C’est l’autre match, qui se tient au même moment, sur le même continent, qui excite l’œil : Obama vs Harper. Visibilité contre invisibilité. Meeting géant de fans enthousiastes dans l’Ohio contre dînette amicale en Colombie britannique. Liesse exaltée d’une part et flegme pépère d'autre part. Bref, l’aura contre l’anonymat. C’est vrai : ce ne doit pas être tous les jours faciles d’être Premier ministre canadien.

Alors qu’Obama, dans un geste viril, les manches retroussées comme un bosseur, le dos courbé pour appuyer sa poignée de main, semble évoluer naturellement dans le rituel des grand-messes politiques, Harper (prononcez comme les Québécois [ h’A’Peuh)’] et non pas [Arpeur], tas d’ignares) paraît franchement mal à l’aise dans son ring de seconde zone. Son costume croisé, le regard fuyant qu’il adresse à l’Asiatique qui lui tend poliment la main, la raideur de ses vertèbres… Je veux bien que ce soit triste de gouverner le huitième pays du G8, d’être le dernier de la classe des pays industrialisés : mais de là à faire la gueule ! C’est simple, quand Harper se déplace pour un sommet international, personne ne veut se mettre à côté de lui pour la photo de groupe. Regardez bien les chefs d’Etat et de gouvernement qui l’entourent : ils affichent une mine de déception et ont l’air de se dire : « Eh merde, je ne suis pas à côté du chancelier allemand ou du président des Etats-Unis. On m’a collé avec l’anonyme. » Ce n’est pas surprenant que ce supporteur au premier plan tienne ainsi sa pancarte pour les besoins de la photographie : « Harper, leadership 08 » On y croit vachement à son leadership ! C’est vrai que son complet-veston donne drôlement envie de communier avec lui. Ce n’est pas la faute d’Harper, pourtant, s’il n’affiche pas la même décontraction souriante qu’Obama. Harper, d’abord, n’est pas chef d’Etat. Au Canada, c’est Elisabeth II le chef d’Etat, et ce quelque puissent être les résultats des législatives. Ensuite, Harper a, de tous les chefs de gouvernement des grandes démocraties, la pire note en intelligence émotionnelle : un D (soit l’équivalent d’un bon 5/20 français). Même Romano Prodi pouvait prétendre à un C. Enfin, ses conseillers en communication sont nuls au point d’avoir suggéré ce slogan de minable en un seul mot « Leadership ».  Ils auraient voulu se foutre de lui qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Et quand on se fout du leader de la huitième puissance mondiale, ça n’aide pas.

 

Toréador.

Par Toreador
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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /Oct /2008 02:01

nda : avec un titre comme ça, je vais battre les records minables de fréquentation de mon blog.

Aujourd’hui, du cul. Du vrai cul. Du cul, dont on voit la raie. Pas du cul à la Christine Angot, stylisé et informe. Non ! Des fesses britanniques et des fesses juives. Exhibées dans des pays ­- le Japon et Israël -, connus pour leur pudibonderie. Chez les Nippons, par exemple, les films érotiques et pornographiques floutent systématiquement les pubis. On comprend mieux, à la lumière de cette culture de la censure, au pays des estampes et des geishas, des distributeurs de culottes usagées,  et des costumes d’écolières, qu’une meute de policiers accueille, matraque en main, ce touriste anglais indélicat, sorti tout droit des douves aquatiques du palais impérial de Tokyo, avec son scrotum pour seul vêtement.
En terre sainte, les orthodoxes condamnent les minijupes, les décolletés, le sexe en général, surtout quand il ne s’agit pas d’un outil pour féconder : ça ne les empêche pas d’aller se purifier, à poil, dans les sources de Jérusalem pour fêter Kippour. Ces Hiérosolymitains pourraient s’exhiber dans un naturisme mixte, comme à Baden Baden ou à Budapest mais ils ont pris partie pour la nudité unisexe, équivoque et douteuse de rugbymen qui fêtent, de manière paillarde, une troisième mi-temps. Caftans de Brooklyn ou maillot du Stade Français : c’est bien de virilité qu’il s’agit. Belle excuse que le Kippour !
Quand on connaît un peu les Juifs orthodoxes, leur mépris pour la féminité, leur accoutrement, leur homophobie (tout est prétexte pour eux à voir des sodomites), on comprend mieux qu’ils aient envie de se baigner, entre hommes, tout nus. Les théologiens expliquent qu’il s’agit de se purifier. De célébrer la naissance de l’Homme, qui, comme on le sait, n’est pas venu sur la Terre en maillot de bain. De jouer à Adam et non au Secret de Brokeback Mountains. On les imagine mal, en effet, dire que ce trempage de culs est surtout l’occasion de comparer la taille de son sguègue. Une fois par an. C’est un vieux trucs d’homophobes de regarder la bite des autres : au début du IIIe Reich, les SA adoraient faire ça.
A Tokyo, évidemment, cette comparaison n’a pas l’heur de plaire aux Japonais. Il est admis, depuis L’Empire des Sens,  que les occidentaux ont une plus grosse quéquette que les Asiatiques. Qu’à ce jeu, ils sont perdants pour toujours. Ils ont beau construire les voitures les plus compétitives au monde, ils ont beau avoir su rendre captifs des écrans d’ordinateur des millions de jeunes Européens et Américains : leur défaite, avant Hiroshima et Nagasaki, c’est celle de la taille de leurs verges. Ce Britannique aurait-il osé se dévêtir devant les fontaines du palais présidentiel de Yamoussoukro ? Aurait-il osé cet affront, aurait-il osé s’abaisser ainsi? Ce n’est certainement pas les humiliations du colonel Saïto dans Le pont de la rivière Kwaï, ou la suprématie de Yamaha sur Triumph qui justifient le plaisir procurée par cette baignade interdite au palais impérial. Le mobile de cette exhibition, c’est qu’à Tokyo, il peut, la queue à l’air, se pavaner devant une foule médusée par la qualité et la quantité de ses génitoires. Voilà pourquoi. Remarquez, au passage, le policier au premier plan, qui s’apprête à flanquer une belle correction au nudiste. Que tient-il dans sa main droite? Sinon une verge en plastique pour le battre, dans tous les sens de la comparaison.
Le Britannique aurait-il été mieux reçu par les orthodoxes de Jérusalem ? Lui aurait-on, par exemple, excusé, le jour du Grand Pardon, de ne pas être circoncis ? Lui aurait-il fallu expliquer, en ce jour anniversaire de la naissance de l’Homme, que, lui aussi, malgré son prépuce, avait le droit de se baigner à poil parmi les gardiens du Temple ? Je suis persuadé que les orthodoxes, dérangés dans leur proximité pénienne annuelle, l’auraient traité de sodomite.

Toréador.

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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /Oct /2008 01:40

comme toujours en rouge les citations tirées de dépêches.

Félicitations… Comme le dit le professeur Luc Montagnier, « mieux vaut tard que jamais ! ». Une réaction typique de redoublant. Vingt-cinq ans après avoir découvert le sida (à gauche, sur la photo on reconnaît sa sale gueule d’oursin, aussi connue que celle d’Hitler, quoique moins sexy), le scientifique, âgé de 76 ans, commençait à s’impatienter. Il était d’ailleurs si empressé d’être reçu à Stockholm qu’il se teignait les cheveux depuis 1983, pour faire plus jeune, le jour où il rencontrerait le roi de Suède.  Désormais prix Nobel de médecine, il dédie sa récompense « à tous les malades du sida et à tous ceux qui sont toujours en vie (NDA : au passage les morts, on s’en fout pas mal !)  et qui se battent contre la maladie ».

Le sida, c’est un peu son enfant. Il s’est battu pour lui. Pour le vaccin, sans doute, mais surtout pour sa paternité. Il n’a pas une bonne tête de père, Montagnier ? La preuve : mettant de côté pendant quelques années l’élaboration d’un vaccin thérapeutique, il s’est battu sur le terrain judiciaire contre Robert Gallo, un scientifique américain qui prétendait avoir trouvé le sida quelques mois avant lui. Finalement le Français a gagné… C’est bien lui le découvreur du virus. Même qu’on lui a donné un brevet, comme si la maladie, en quelque sorte, était devenue son invention. Comme si le sida était une marque déposée à l’Inpi. Un papa fier de son bébé. Un peu plus, et il allait se l’inoculer. On n’ose imaginer un remerciement sincère : « Merci sida ! Sache que sans toi, je ne serai rien ! »

Se voir remettre le Nobel pour la découverte de l’existence d’un virus et non pour son remède a quelque chose d’assez grossier pour les malades. Un Nobel ne saurait être un lot de consolation, ni pour la science, ni pour les patients en souffrance. C’est un achèvement. Pas une étape, pas un début, pas un commencement, surtout à 76 ans.

D’ailleurs, au début, j’ai cru pendant trente secondes que la radio parlait de Guy Montagné, l’acteur raté qui gagne sa vie en racontant des histoires drôles éculés (souvent avec l’accent belge) chez Philippe Bouvard. Pendant ces trente secondes, j’ai pensé que le comité Nobel avait reconnu enfin les vertus médicinales du rire, dans un hommage posthume à Henri Bergson et Raymond Devos. Non ! On récompense celui qui a isolé au microscope cette balle de ping-pong bleue traversée d’aiguilles mortelles. A-t-on eu jamais idée de remettre un tel prix à celui qui fut le premier à découvrir la diarrhée ? Décerne-t-on des Oscars pour des films, écrits, mais non réalisés ? Des Goncourt pour des livres pensés, mais pas encore couchés sur le papier ?

« Emu » ­– on ne le serait à moins – le professeur Montagnier a promis, hier à Abidjan, qu’un vaccin serait trouvé « d’ici quatre ans ». Va-t-on le renobeliser, à ce moment-là ? Ou lui remettre 100 Nobel d’un coup ? Et si Robert Gallo le découvrait en même temps que lui… le poursuivrait-il en justice ? Et si, partant de sa naissance en 1983, je faisais le thème astral du sida, serais-je moi aussi récompensé ?

Alors que j’écoutais la réaction du scientifique sur France Info, je me demandais si, pour le prix Nobel d’économie, on allait récompenser cette année celui qui, le premier, a qualifié de « crise financière », le plongeon généralisé des bourses mondiales. Qu’un économiste trouve une solution plus efficace que le plan Paulson pour éviter la faillite totale du système bancaire, tant pis. Le meilleur sera celui qui aura donné un nom au mal, une démarche très psychanalytique : il suffit de donner un nom aux afflictions pour les guérir. Fini, Pasteur ! Fini, Flemming ! Qu’ils aillent se rhabiller, ces canailles ! Aujourd’hui les remèdes, en terme de communication, sont pires que les maux.

Et j’ai une mauvaise nouvelle pour le professeur Montagnier. Le très loufoque Journal international de médecine (loufoque malgré lui), mettait en ligne, hier, un article sur les origines du sida. Selon le site internet du JIM, le sida serait apparu il y a 100 ans, en Afrique centrale. Sous des prétextes très scientifiques, le JIM donne une originale raciale à la maladie. C’est l’ethnie Bantou (ah les salauds : quand c’est pas les Juifs, c’est les Noirs !) qui aurait l’insigne honneur d’avoir été la première à être contaminée par le HIV. Pour ces chercheurs révisionnistes, le virus aurait également été isolé en 1959 aux Etats-Unis dans un prélèvement sanguin. Sans même qu’on osât appeler Montagnier pour lui demander son avis.

Pour réconcilier tout ce petit monde scientifique, lançons une pétition : remettons le prix Nobel à la fois à Montagnier et au sida. Comme on a donné, il y a 15 ans, le Nobel de la paix à Arafat et Rabin. Faisons monter sur la tribune suédoise l’oursin bleu. Et demandons lui quand il est né et ce qu’il pense de la crise financière.

 

Toréador.

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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 00:52

Ce n’est pas évident de mettre son nez dans les cheveux de quelqu’un d’inconnu. Encore moins, comme dans le cas de ces deux photos, de le plonger. Pour fêter l’adoption, par la Chambre des représentants, du plan Paulson, Rahm Emanuel, un républicain élu dans l’Illinois, hume la chevelure impeccable de Nancy Pelosi, la « speakeuse » démocrate. A Berlin, Eckart Höfling, un prêtre qui, depuis plus de trente ans, abrite et soutient des enfants défavorisés à Rio de Janeiro, vient de recevoir le prix Die Quadriga, une sorte de Nobel de la paix germain récompensant des personnalités « porteuses de changement », chaque 3 octobre, jour de l’Unité allemande. Ce franciscain a relevé son capuchon, non pas pour embrasser le front de la Carioca (c’est ainsi qu’on appelle les habitants de Rio) qu’il a sauvée de la misère et de la prostitution, mais pour respirer l’odeur de ses cheveux.  Nancy et la Carioca ont-elles eu le temps, sinon la courtoisie, de se laver les cheveux avant ? Par expérience, je sais que les Américaines sont très à cheval sur l’hygiène : buccale, capillaire et intime. Qu’en est-il des habitantes de Rio… Mystère : c’est ce doute sur la capacité souvent improbable des peuples latins à se laver qui fait leur charme.

Et, de toute façon, peu importe. Ce qui est intéressant, ce n’est pas tant la propreté des cheveux féminins, ni le parfum qu’ils dégagent. Mais l’attitude de ces deux hommes. Car il s’agit là de deux gestes de gratitude. Deux inspirations d’obligeance, l'une sexuellement connotée, l'autre virginalement plate. Merci pour le plan Paulson, merci pour le petit discours que tu as prononcé  – la fille tient en effet un petit texte dans ses mains. Soulagés, Wall Street et les ménages américains peuvent respirer les cheveux de Pelosi. Les filles des favelas peuvent bien offrir leur toison à un curé, puisqu’elles ont échappé, grâce à lui, à la vente forcée de leur cul. Dans une même pose, dans une même posture, ces deux femmes proposent généreusement leur crâne aux hommes. Rahm Emmanuel, quoique conservateur, ou justement parce qu’il est conservateur, tend son nez, en fermant les yeux, dans un geste amoureux : n’importe quel numéro de Elle ou de Marie-Claire le dit. A l’inverse, le père Eckart ouvre les yeux dans une expression très chaste. Mes quarante lecteurs (dont trois qui lisent en entier mes billets) vont faire une objection : comment puis-je savoir qu’il a les yeux ouverts ? Parce que, moi, j’ai les photos en grand format – et pas vous – et que je vois bien que les paupières du religieux ne sont pas closes.

Autant Rahm Emmanuel essaye de relâcher la tension qu’il a accumulée pendant une semaine sur Pelosi, autant le prêtre de Rio semble vouloir prouver que même en fourrant son pif dans les cheveux d’une Carioca, il n’a rien perdu de son ascèse. C’est simple : Rahm désire Nancy, il évacuerait bien son stress avec la speakeuse sous les couettes d’une chambre d’un Travelodge (l’équivalent des Campanile aux Etats-Unis) dans un cinq-à-sept pornopolitique. Eckart, dans son innocence pastorale, a abandonné depuis longtemps l’idée de se taper les filles qu’il sort de la rue. Tandis que le républicain, avec toute la malice masculine, flaire par derrière, en voleur, les cheveux de Pelosi, le curé, lui, fait face à la jeune fille. Son attitude n’est pas très virile : il ne vole rien : ce n’est pas un cochon. Un homme normal sait capter l’odeur d’une femme qui lui plaît. Qui ne s’est jamais rapproché sur un trottoir d’une femme en ayant le pressentiment qu’elle sentait bon, juste pour capter dans ses narines un parfum qui ne lui est pas destiné ? A moins que je sois le seul à faire ça… A moins que tout le monde se comporte comme les franciscains de Rio… Je ne crois pas. Et j’ai sans doute une vision très ingénue de ce prêtre : après tout, il se dit peut-être qu’elle est vraiment trop moche pour lui piquer son odeur. Ou que son discours ne mérite pas qu’on s’attarde sexuellement sur ses phéromones qui sentent trop la favela. Je n’en sais rien, je ne suis pas catholique et je ne suis jamais allé au Brésil.

 

Toréador.

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